Anciennement marionnettiste j’ai eu un jour besoin de  forger une lame pour un personnage… ça a été le début d’une nouvelle histoire.

 La forge et sa magie, le mystère minéral et l’alchimie du feu ont mené mes pas à travers le monde souterrain des métaux et celui céleste des flammes, des météorites et de l’acte artistique.

Ces être sombres et lumineux que sont les forgerons et couteliers que j’ai rencontré pendant des années, de l’Auvergne à la Bretagne, du Sud à l’Est puis revenant au centre, m’ont entrouvert les arcanes de leur art et mis de l’or dans les yeux en même temps que l’acier dans les mains.Merci à eux; je leur rendrai…

La beauté du damas et la poésie martelée des étonnants dessins que le mariage des différents aciers réunis par le feu permet de créer m’ont fasciné. J’ai plongé tout entier dans l’aventure et, de belles âmes en belles lames, en suis ressorti, coutelier.

Chaque forgeage est un moment unique; chaque forme crée est un nouveau défi où tout peut se perdre; chaque manche ajusté est une autre histoire à rêver…

Je travaille peu l’inox, le réservant surtout aux ressorts et aux gardes.

J’affectionne les aciers dits « au carbone ».

J’aime les aciers qui vivent, qui s’oxydent, qui rouillent si on ne les honore pas… Que l’on peut affuter au détour d’un chemin en attendant qu’un temps passe…

J’aime les bois qui ont quelque chose à dire, ceux des bords de sentiers; les bois de terroirs à conter; les arbres où vont les chouettes et les oiseaux-messages…

Mais aussi, par moment, les bois d’ailleurs lointains aux reflets de rivages et aux parfums nouveaux.

La patience du mammouth dont l’ivoire est intacte m’hypnotise également… J’aime la faire circuler, comme un symbole vrai de 40 000 années tenues dans une main, qui nous ramène aux origines et à la nécessité de l’outil.

Mes couteaux sont ainsi…